En date du 2 au 5 Mars 2026, une mission de la Direction Générale de la Protection Civile et des Opérations d’Aide Humanitaire Européenne (ECHO) a conduit une mission de quatre jours dans le département du Logone-et-Chari, dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. La délégation était constituée par Muhameda TULUMOVIC (Assistante Technique ECHO à Yaoundé) et Neftali Bernabe Muñoz, Experte en HFLA (Humanitarian Food and Livelihood Assistance) à Dakar. L’objectif de cette mission était de suivre concrètement la mise en œuvre des interventions financées par l’Union Européenne et échanger directement avec les communautés bénéficiaires ainsi que les partenaires, les autorités et les autres acteurs locaux.

Echange entre l’équipe de l’Aide Humanitaire de l’UE et un groupe de femmes bénéficiaires à Blangoua
DEROULEMENT DE LA MISSION
Accueillie par les autorités du département du Logone-Chari, la délégation s’est rendue d’abord à Blangoua. Sur place, des échanges ont eu lieu avec le Sous-Préfet sur, le suivi des deux opérations d’assistance menées par Première Urgence Internationale (PUI) et Solidarités International (SI), aux côtés des partenaires locaux Tammounde et Cadepi. Deux groupes de discussion organisés avec les bénéficiaires ont permis aux visiteuses de recueillir les appréciations et des recommandations. « Grâce aux kits, nous pouvons cuisiner et dormir dignement. Cela nous redonne un peu de dignité », confie une femme déplacée. Une autre souligne : « Le cash nous permet de choisir ce dont nos familles ont besoin. C’est une liberté précieuse ».
La mission s’est poursuivie sur le site de Blangoua-Bâche, où SI et Tammounde testent une nouvelle approche pour aider les personnes déplacées après la phase d’urgence. Cette phase pilote consiste à soutenir rapidement les familles à travers de petites activités génératrices de revenus (AGR). L’objectif est d’aider les ménages, encore vulnérables après l’aide d’urgence reçue, à mieux subvenir à leurs besoins alimentaires. Après avoir bénéficié d’un appui par transfert monétaire pendant trois mois, ces familles continuent de recevoir un soutien financier, tout en étant accompagnées pour développer des AGR leur permettant de gagner leur propre revenu afin d’aider les familles à devenir progressivement plus autonomes.
Les échanges se sont poursuivis le jour suivant à Makary, dans les locaux de SI, entre la délégation de l’aide humanitaire de l’UE et les bénéficiaires des différents projets de Hilé-Alifa. Les visiteurs ont cherché à comprendre les logiques d’autonomisation économique en situation d’urgence et à mesurer l’impact réel. Les discussions ont porté sur les modalités de mise en œuvre et les suggestions venues du terrain ; un rappel que ce dialogue direct reste indispensable pour ajuster les interventions. Un temps de débriefing a rassemblé la délégation et les équipes de PUI, SI, Cadepi et Tammounde.
UN TEMPS DECISIF DE LA MISSION : LA RENCONTRE D’ECHO AVEC LES OSC LOCALES TAMMOUNDE ET CADEPI, PARTENAIRES DU CONSORTIUM RRM
Face à la forte baisse des financements, l’Aide Humanitaire de l’UE met désormais l’accent sur un véritable transfert de compétences et de responsabilités vers les acteurs locaux à travers le renforcement de leurs équipes, plus grande autonomie dans la mise en œuvre des activités, et implication accrue dans le suivi et la redevabilité. En plaçant Tammounde et CADEPI au cœur du dispositif, l’Aide Humanitaire de l’UE (ECHO) souligne que la localisation de l’aide n’est pas une option secondaire. Au contraire, elle est essentielle pour garantir une réponse humanitaire plus durable, plus efficace et mieux adaptée aux réalités contextuelles.

Au terme de la mission, un constat s’impose : dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, où les déplacements de populations et l’insécurité compliquent fortement l’action humanitaire, l’efficacité des interventions repose avant tout sur l’écoute des communautés et sur des partenariats solides entre organisations internationales et acteurs locaux.
Cette efficacité nécessite également une implication plus décisive des autorités locales, notamment dans les actions anticipatoires et les réponses locales. Cela passe, entre autres, par un meilleur accès à la terre pour les personnes déplacées internes (PDI), ainsi qu’un renforcement de l’accès aux services essentiels comme l’éducation et la santé. Enfin, il est essentiel de renforcer l’approche Nexus, qui vise à mieux articuler les actions humanitaires, de développement et de paix. C’est à ces conditions que l’action humanitaire pourra gagner en qualité et en impact, malgré la rareté des financements, tout en contribuant à renforcer durablement la résilience des ménages.
DEROULEMENT DE LA MISSION
Par : Marlyse Biaye Moto / Afrique Première TV